Pièces uniques: CERAMIQUES modelées, polies, enfumées, sigillées et "Raku-nu"

Pièces uniques: CERAMIQUES modelées, polies, enfumées, sigillées et "Raku-nu"
« ... seule la patience, ou l'impatience, arpente le temps qui sépare une poterie rêvée de l'objet achevé. »

Daniel de Montmollin


Technique



                                       
je crée des formes aux courbes sobres et simples, argiles modelées à la main, 
montées aux colombins, et polies longuement avec une petite pierre d'Agate.
le polissage est réalisé à cru, en cours de séchage de l'objet. Longuement je viens polir plusieurs fois la forme, afin de créer une enveloppe sensuelle et presque minérale, très douce, satinée comme par le temps, ou le mouvement de la mer...il est long, exigent, minutieux,
comme une douce caresse, une appropriation de la forme, une patine
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ces nombreux petits gestes de fourmi 
que les femmes d'Afrique m'ont transmit
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j'utilise parfois des terres locales, que je prépare moi même...en glanant des argiles dans les carrières et en les travaillant pour qu'elles soient modelables, mais couramment je travaille des grès blanc, rouges et orangés et des terres à Raku.

Pour offrir aux flammes la magie de la terre, et à la terre la beauté du feu, je glane au cours de mes ballades, dans des talus, des carrières, toutes sortes de boues et d'argiles et je crée  des terres Sigillées.
Les "Sigillées",découvertes à l'origine par les Gallo-romains, sont des terres mises à décantées dans de l'eau de pluie, et dont on ne conserve que les particules très fines, c'est à dire la "crème d'argile" qui se dépose dans l'eau et crée un jus, un glacis très fin et sensuel qui peut aller jusqu'à se vitrifier en cours de cuisson et imiter l'émail... en se révélant de manière tout à fait empirique et unique.
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je réalise pour la première cuisson (afin de cuire la terre) 
des cuissons primitives dans des fours éphémères que je construis, et re-construit à chaque cuisson,
on les nomme  "fours papiers" 
car ils se composent d'élément naturels et de récupération  (bois, terre, papiers glacés). la cuisson est au bois, les pièces sont léchées par les flammes, magnifiées par le feu, et les atmosphères variées du four, cela crée des résultats à chaque fois uniques et imprévus.
Cette forme de mystère est un moteur essentiel à ma quête de Terre-feu
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 à la sortie du four, je prépare mes autres cuissons les deuxième, celle du "Raku-nu"
je pense les décors et les lignes que j'esquisse comme des révélations de la forme initiale, 
 une seconde peau, qui vient révéler l'objet
et de ce même élan, lui donner une dynamique, un sens, une profondeur.
Je dirige la cuisson afin que le carbone puisse dévoiler ces décors, garder l'empreinte d'un dessin personnel, et y ajouter une part d'aléatoire, d'imprévu dans les craquelures, le tressaillage et les motifs du "Raku".
les enfumages en "Raku-nu" sont une manière de décorer la terre de lignes de fumée, et de conserver les couleurs des terres que j'ai modelées, en teinte de fond.
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"LE FOUR PAPIER"
terre/bois/papier


les pièces crues, polies et sèches sont empilées sur une sole de fond,
un tipi de bois est monté autour, afin de créer la structure de base.

une dizaine de couches de papier magazines
et de terre liquide (barbotine) sont
posées les unes sur les autres, entourant et recouvrant le bois.
le four est créé, petit habitacle de peu de matériaux, 
il enveloppe les céramiques de sa voute, 
et atteindra une température pouvant monter jusqu'à 1000°
 
lentement,
par l'ouverture du bas,du petit bois est amené pour une longue préchauffe,
puis le bois de la coque commence à se consumer tout seul et le four, autonome, cuit les pièces dans son habitacle de terre/papier

 une fumée épaisse s'échappe de la cheminée et crée des atmosphères uniques...

au dedans, milles feuilles, milles couleurs,
et naissent des formes à la flamme
une journée de fabrication et de cuisson permettent au four de cuire les céramiques

c'est toujours avec le même émerveillement, que le lendemain,
après la nuit de refroidissement, je fais tomber le four pour découvrir les pièces, 
parfois enfumées, flammées, et toujours uniques,
la magie a opéré!





les céramiques ont revêtu leur première peau...

la cuisson primitive et éphémère
en four papier est inspirée des cuissons sud-américaines et africaines,
où les poteries sont empilées et recouvertes des combustibles que l'on trouve sur place,
(branchages, paille, écorces, bouses des vache, feuilles, papiers..)
très simples, empiriques et offrant l'objet à la flamme,
la température peut monter jusqu'à 1000°,
contrairement aux four africains qui cuisent vers 700, 800°
et cuit la terre, peut l'enfumer et révéler les Sigillées par des flammages subtils.


"LE RAKU-NU"

au 16ème siècle au Japon, nait le "Raku",
synonyme de joie et de bonheur,
c'est une rencontre de terre, de sacré, de cérémonie du thé et de zen.
afin de célébrer la rencontre de l'artisan et du thé, un bol très sobre est crée.
il se cuit dans des fours à bois,dont l'atmosphère à l'intérieur et variée et permet l'enfumage de l'émail.
les potiers d'occident se laissent influencer à leur tour par la magie du "Raku" et inventent le "raku-nu", qui lui est sans émail, et révèle une terre nue et polie, tout en conservant la subtilité de l'enfumage



je cuis dans un petit four à gaz, construit de mes mains, dans un bidon recouvert de fibre céramique permettant la haute température,
celui-ci s'ouvre facilement en deux partie et permet une cuisson et un défournement rapide.
Entre 800° et 950°, lorsque mon émail commence à fondre, je sors les pièces incandescentes du four et les dépose sur un lit de sciure de bois fines qui au contact de la céramique brulante vont s'enflammer et créer beaucoup de fumée.
cette même fumée, dirigée, par un apport plus ou moins important de combustible, est l'élément majeur de ma démarche, le carbone s'imisse dans les lignes, et leur donne une teinte noire, grise ou  marron.

au niveau technique, pour différencier le "raku-nu" du "raku", et ne pas avoir d'émail qui a fusionné avec l'objet, il faut poser un engobe de terre protectrice, appelé "de séparation", "intermédiaire", entre la terre et l'émail.

je pose sur ma pièce deja cuite, l'engobe de terre protecteur, puis l'émail de basse température,
et fait mes dessins,
dans le four, l'émail cuit, mais l'engobe "de séparation" dessous reste à l'état poudreux et donc protecteur.
lors du défournement à chaud des pièces, l'émail et toute la pièce subissent un choc thermique qui fait fissurer et se craqueler l'émail de surface, et permet des chemins où le carbone pourra s'introduire et laisser son empreinte.
toutes les lignes ainsi gravées seront devenues noires avec la carbone, que j'ai partiellement posé sur l'objet tant qu'il était chaud.
un peu de poussière magique et des petits gestes personnels découverts lors de mes nombreux enfumages me permettent de conduire la fumée et les atmosphères, pour ajouter ma touche intime au hasard du feu.






 


l'émail est tel une coquille d'œuf, il s'écaille pour révéler ce qui est dessous...